L’armée algérienne

18.02.2011

                        Opinion : L’armée algérienne a rendez-vous avec l’histoire et son peuple

Tarik Tileli

Au début de son premier mandat, A. Bouteflika avait paradoxalement suscité l’espoir (malgré son passé houleux), réussissant à tromper un peuple crédule par nécessité. Nécessité parce que l’Algérie n’était pas encore sortie d’une guerre civile qui avait coûté plus de 200000 vies, et le peuple, anéanti, était prêt à croire le premier imposteur qui lui promettait de lui redonner sa fierté.
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A. Bouteflika s’est vu offrir le Koursi pour restaurer l’image de l’Algérie sur la scène internationale, négocier la paix avec les islamistes et développer le pays. Mais il en fut autrement, plus les prix du pétrole augmentaient, et plus la nature profonde de A. Bouteflika se révélait.

Ayant à disposition une manne financière dont elle n’avait encore jamais bénéficié dans toute son histoire, A. Bouteflika et ses acolytes purent assouvir leur insatiable appétit de dollars. A. Bouteflika est ainsi devenu le seul président dans l’histoire de l’humanité à avoir trouvé le moyen de dépenser des centaines de milliers de dollars et mener un pays au bord de la guerre civile.

Son programme économique, sans imagination, s’est résumé à lancer des grands travaux, mal dimensionnés, dont les budgets ont été multipliés par 5 à cause des détournements massifs et sans scrupule, qui n’ont contribué à créer aucune richesse dans le pays mais seulement à augmenter les profits des entreprises étrangères. Le slogan de l’Algérie de A. Bouteflika est « l’Algérie a du pétrole mais aucune idée ». Quoi de plus normal, quand on est mu uniquement par la satisfaction de son égo, on n’a cure de mettre en place un programme de développement économique pour un peuple que l’on méprise.

A. Bouteflika a voulu le pouvoir, tout le pouvoir, et il l’a eu, il est devenu l’homme fort d’une Algérie faible. Mais qu’en a-t-il fait ?

L’œuvre de A. Bouteflika, après plus de 10 ans de règne sans partage, se décline en un effondrement de l’Etat, la déstructuration de la société civile, la restriction de la liberté d’expression, la dilapidation de l’argent public en assimilant les caisses de l’Etat à son propre compte en banque (un avion présidentiel de plus 300 millions de dollars, alors que des dizaines de milliers de familles qui vivent dans des bidonvilles). L’Algérie n’a jamais été dans une situation aussi vulnérable, économiquement, socialement, intellectuellement, et culturellement.

Ainsi, à ceux qui essaient de trouver une réalisation concrète au président, il faut répondre qu’il n’a rien, absolument rien fait de positif pour notre pays. Le remA. Bouteflikarsement de la dette ? C’est grâce à l’argent du pétrole, donc du peuple, et non pas grâce aux richesses produites par les entreprises algériennes, parce que A. Bouteflika n’a quasiment rien fait pour développer l’industrie nationale. Il a au contraire dressé le tapis rouge aux importateurs de tout genre. Les grands travaux ? C’est encore grâce à l’argent du pétrole, et à rien d’autre. En plus de 10 ans, aucune réforme digne de ce nom ne restera dans l’histoire comme une réalisation de A. Bouteflika. Non content d’avoir dilapidé les deniers publics lors de ses 2 mandats, il a violé la constitution, affichant son mépris total pour le peuple et son histoire, pour parachever son œuvre diabolique.

Il y a une seule réalisation, des plus grandioses, que l’histoire retiendra de A. Bouteflika, la généralisation de la corruption au point d’être devenue un réel problème de sécurité nationale (et l’épisode des faux billets de banque est là pour nous le rappeler). Pour palier à son problème de légitimité par les urnes, le président à utilisé l’argent du peuple pour s’acheter des soutiens dans toutes les sphères de la société et à l’étranger. Son arrivée au pouvoir marqua donc le début l’ère de la corruption généralisée des âmes.

Malgré cette situation chaotique, conséquence de 10 ans de règne sans partage, beaucoup pensent encore qu’il n’y aura pas de révolution en Algérie. Mais, la révolution aura bien lieu, et elle emportera tout sur son passage si rien n’est fait pour stopper l’œuvre destructrice du régime de A. Bouteflika.

Il y a premièrement la réalité démographique, l’Algérie doit créer dans les années à venir des centaines de milliers d’emplois pour faire face à l’arrivée massive de jeunes sur le marché du travail (notamment tous ceux qu’on a envoyé à l’université pour éviter qu’ils deviennent des chômeurs trop rapidement). Ce n’est pas en redistribuant la rente qu’on créera des emplois, et le marasme économique et social dans lequel vivent les algériens en est une preuve. Les résultats médiocres de la politique économique menée ces dix dernières années soulignent les limites du régime de A. Bouteflika, même avec une abondance financière, à développer l’économie. C’est la logique même de l’ordre politique qu’à instauré A. A. Bouteflika qui est anti-développement. La conséquence immédiate est que la situation sociale ne fera que se détériorer d’avantage dans les mois à venir, c’est malheureusement inéluctable.

En second lieu, la manne pétrolière est comme une malédiction à la fois pour la société et pour le pouvoir lui-même. L’Algérie s’est retrouvée prise dans une spirale infernale ; plus les réserves de changent s’accroissent, plus les richesses accumulées par les membres du régime de A. Bouteflika sont importantes, plus ce qu’il y a à perdre en cas de changement est important, plus A. Bouteflika et ses proches s’entêtent à retarder la mutation politique du pays, et plus la situation du pays se dégrade. La manne pétrolière ne fait donc qu’accroître le malaise social, la haine et la rancœur envers le pouvoir s’accroîtra avec le montant des réserves, jusqu’au point fatigue, au point de non retour. 

Enfin, la prétendue division idéologique de la société, obstacle à l’expression du peuple d’une seule voix, est trompeuse. Tout d’abord la male- vie est partagée par tous les algériens et elle les rapproche inexorablement. Ensuite, un facteur tend à minimiser cette division, la jeunesse de la population, dont 75% a moins de 35 ans. La jeunesse aspire à la liberté et au respect, quelque soit le modèle de société qui pourrait être souhaité par chacun, ce sont deux aspirations universelles. Cette jeunesse, dont A. Bouteflika a hypothéqué l’avenir, est suffisamment éduquée pour avoir les capacités d’ouverture sur le monde qui lui permettent de mieux comprendre ce dont les prive le régime liberticide de A. Bouteflika. Tôt ou tard, leur soif de liberté s’exprimera dans la rue.

Ainsi, plus A. Bouteflika tarde à partir et ouvrir la voie à la création des conditions d’une transition sereine, plus la situation politique et sociale se détériore et plus le peuple exigera des preuves d’un changement radical. C’est pour cela qu’il faut cesser de sous estimer la capacité des algériens à se révolter. Certes, le peuple craint le chaos,  car il en a assez de la violence, mais il n’a pas pour autant renoncé à reconquérir sa liberté. Cette « passivité » apparente dont font preuve les algériens tient à deux facteurs. Le premier est le divorce entre le peuple et l’Etat qu’a créé A. Bouteflika, et n’oublions pas que lorsque A. Bouteflika a violé la constitution pour imposer un 3ème mandat, le taux de participation aux élections était d’à peine de 25%. Le second tient au fait que le peuple attend un changement pacifique, qu’il a encore l’espoir que l’après A. Bouteflikateflika marquera le début d’une réelle transition démocratique. Le peuple est donc pour le moment dans une position d’observateur. A travers différentes émeutes, grèves, et manifestations, et surtout à travers sa désaffection totale pour toutes les élections, il a envoyé un message fort au pouvoir en place, sa volonté de le voir passer la main. Il espère maintenant que celui-ci a compris et qu’il va créer les conditions d’un changement pacifique. Ainsi, le régime de A. Bouteflika  a deux façons de voir le fait que les algériens n’ont pas encore envahi les rues par centaines de milliers. Soit profiter du fait que les algériens aspirent à un changement pacifique et négocier une transition démocratique qui tienne compte des intérêts de chacun au mieux, soit de voir cela comme une faiblesse du peuple qu’il faut exploiter pour perpétuer le statut quo. Il semble avoir opté pour la dernière option.

La déstructuration de la société civile s’avère ex-post comme une victoire à la Pyrrhus. Le régime n’a personne en face de lui pour négocier les conditions du changement, rendant ainsi plus probable la révolte violente. Mais il n’est pas trop tard pour renverser la tendance. Certes, l’élite est inorganisée et lâche, surtout la diaspora éduquée, qui attend que le peuple paye de son sang la liberté, pour revenir au pays et réclamer les meilleurs postes. Mais il y a une alternative, une seule sans doute, qui ne peut finalement provenir que de l’institution militaire. En 2004, l’armée a cédé aux caprices du dictateur, et empêché A. Benflis d’accéder au pouvoir, alors qu’il nourrissait de grandes ambitions pour l’Algérie et avait un avait un programme de développement pour le pays. Mais, afin de rester au pouvoir, A. Bouteflika échafauda un plan machiavélique, au mépris de toute

considération d’un intérêt national, il négocia le soutien des Etats Unis en échange d’une privatisation de la Sonatrach.  Presque 8 ans plus tard, l’armée comprend son erreur, elle comprend qu’elle a confié le pouvoir à un homme dont le seul objectif était de devenir le maître incontesté de l’Algérie, pour satisfaire son égo démesurer et transmettre la couronne aux siens, au risque d’une implosion de la société.

L’Algérie est jeune, le président est vieux et malade. L’Algérie est tournée vers l’avenir, le président vit dans le passé. L’Algérie aspire à la liberté, le président la condamne aux chaînes. Il n’y a rien à espérer d’un homme pour qui la satisfaction de son égo vaut bien l’hypothèque de l’avenir de millions d’algériens. Si A. Bouteflika reste encore plus longtemps au pouvoir, nous allons droit vers un âge des ténèbres, un tsunami humain déferlera sur les rues algériennes, détruisant tout sur son passage. Le coût social d’une révolte sera colossal en vies humaines, en destruction de biens, et l’image de l’Algérie sur la scène internationale sera définitivement ternie.

A. Bouteflika a utilisé l’argent du pétrole pour s’entourer d’une force de frappe de plus de 200000 policiers pour mater toute révolte populaire et protéger les privilèges des siens. Il a pris soin de corrompre et diviser la société, paralyser l’économie, vider toutes les institutions de leur substance, pour gérer l’Algérie comme son douar. Mais il y a une institution qu’il n’a pas réussi à briser. L’armée demeure la colonne vertébrale de notre pays, c’est grâce à elle que A. Bouteflika ne parviendra pas à instaurer sa dictature policière. A. Bouteflika a ainsi compris qu’en cas de soulèvement, l’armée ne prendrait pas parti contre le peuple.

En effet, l’ANP s’est suffisamment exposée durant les années 1990, et elle n’aurait pas intérêt à intervenir par la force pour calmer la rue. Sans compter que l’opinion internationale verrait d’un très mauvais œil une répression. Qui plus est, en Tunisie et en Egypte, l’armée vient de jouer un rôle historique en permettant au pays d’amorcer une transition démocratique. Le parallèle avec l’armée algérienne est vite fait, et les attentes du peuple algérien à son égard sont donc certainement très importantes.

L’ANP ne peut pas rester spectatrice de la descente aux enfers de sa patrie, elle ne peut pas accepter que l’homme à qui elle a confié le pouvoir mène notre pays dans une impasse. L’ANP doit à présent tirer des leçons des erreurs du passé et de la révolution tunisienne pour anticiper les évènements et éviter à l’Algérie un nouveau bain de sang car nous sommes aujourd’hui dans la même configuration que sous le régime de Ben Ali : un président qui refuse de quitter le pouvoir et qui s’est entouré de plus de 200000 policiers pour protéger sa tour d’ivoire et réprimer toute revendication de changement.

Pour sortir notre pays de l’impasse, l’armée sera garante d’un pacte national qui décrirait les étapes et les conditions d’une passation de pouvoir pacifique, négocié, et qui permettrait l’émergence d’un nouveau leader pour le changement. Ce leader serait pré- sélectionné parmi des hommes intègres qui adhèrent à l’idée d’une transition démocratique pacifique et négociée, et qui seraient signataires du pacte national. Une fois les conditions du pacte fixées, des élections présidentielles anticipées seraient très rapidement programmées, au nom de l’intégrité de la nation, qui n’a jamais été aussi en danger dans toute son histoire. Une campagne serait lancée, où chaque leader potentiel devra présenter son projet pour le pays et convaincre. Le peuple choisirait alors librement celui qui doit porter le changement. L’ouverture politique se ferait de façon graduelle, en plusieurs années, le temps de créer les conditions propices à une ouverture saine, sereine et pérenne. Le rôle du leader serait de rétablir la crédibilité des institutions, de reconstruire l’Etat que A. Bouteflika a transformé en peau de chagrin, de rebâtir la confiance, d’apaiser les cœurs, de restaurer le dialogue social et de mettre en œuvre rapidement les réformes économiques nécessaires. Il n’y aucune autre alternative. Dans la configuration actuelle, le seul acteur qui soit crédible et qui n’apparaîtra pas en possible de faiblesse pour imposer une telle transition est l’armée nationale.

L’armée a rendez vous avec l’histoire et son peuple. Elle doit assumer son rôle de garante de l’intégrité de la nation et permettre une transition démocratique apaisée. Elle seule peut éviter une balkanisation de notre pays. Si elle prête l’oreille, elle entendra la voie du peuple qui appelle son armée, qui veut se confondre avec elle dans sa reconquête de la liberté, dans cette nouvelle libération du pays. L’armée, elle seule, peut ranimer la flamme qui dissipera à tout jamais les ténèbres qui se sont abattues sur l’Algérie. L’armée, elle seule, peut sauver la nation en danger.

Tarik Tileli

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