LA SOMALIE

LE 17.11.2011

 

                                 LA SOMALIE

 

 

Écrit par Brahim Hamlaoui....LCE

famine en somalie

L'Onu a décrété l'état de famine dans deux régions du sud de la Somalie et prévenu que d'autres zones de la Corne de l'Afrique pourraient connaître pareil sort dans les prochaines semaines. Face à cette situation de crise, consécutive à une grave sécheresse, les Nations unies ont décidé de prendre "des mesures exceptionnelles"...suite»

Les Nations unies ont débloqué notamment "une aide financière" et continuent, en parallèle, à tenter d'acheminer un maximum de nourriture dans le sud de la Somalie. Un appel aux dons d'un montant de 300 millions de dollars a été lancé par l'organisation internationale. Le coordinateur des affaires humanitaires de l'Onu pour la Somalie, Mark Bowden, a annoncé que les deux régions somaliennes concernées, Bakool et Lower Chabelle, étaient frappées par la pire famine qu'ait connue la région depuis vingt ans.

Plusieurs années de sécheresse, qui touchent aussi le Kenya et l'Ethiopie voisins, et l'instabilité politique chronique en Somalie, teintée de violences, ont rendu très difficile l'accès à ces zones par les travailleurs humanitaires, selon l'Onu. Au début de l'année 2010, les islamistes de la milice Al Chabaab, qui contrôle une grande partie du sud du pays, ont interdit l'accès aux agences humanitaires à certaines zones placées sous leur contrôle. Mais face à l'étendue des dégâts, le groupe a récemment décidé de lever cette interdiction.

 

 

 

Un enfant sur deux victime de malnutrition
Pour l'Onu, ce changement d'attitude s'est produit trop tard et c'est en partie pour cette raison que la situation s'est dégradée plus rapidement dans ces deux régions. "Si nous n'agissons pas maintenant, la famine va s'étendre aux huit régions du sud de la Somalie d'ici deux mois, en raison des faibles récoltes et de la multiplication des foyers d'infections", a estimé Mark Bowden lors d'une conférence de presse organisée à Nairobi.
"Chaque jour de retard dans l'acheminement de l'aide est au sens propre une question de vie ou de mort pour les enfants et les familles des zones touchées par la famine", a-t-il ajouté.

Selon l'Onu, près de 3,7 millions de Somaliens, soit environ la moitié de la population du pays, sont en situation de danger. Dans les zones les plus exposées, près d'un enfant sur deux souffre de malnutrition. "Il est probable que des dizaines de milliers d'enfants soient déjà morts", a estimé Mark Bowden. Selon certains analystes, les membres d'Al Chabaab ont changé de position car ils ne souhaitent prendre aucun risque de se mettre à dos la population, qui souffre de la sécheresse. Mais selon d'autres experts, les miliciens ont choisi d'autoriser à nouveau les livraisons d'aide humanitaire afin de pouvoir se servir au passage.

Qu'entend-on par famine exactement ?
Selon l'ONU, le mot famine désigne "une crise alimentaire extrême dans laquelle les enfants, mais aussi les adultes, meurent de faim", précise l'organisation dans un communiqué. Concrètement, on parle de famine quand le taux de malnutrition aiguë oscille entre 20 et 40 % chez les adultes et les enfants et que le taux de mortalité dépasse les deux décès par jour pour 10 000 habitants. Celui de la Somalie se situe à 7,4.
Le principal outil de mesure de la faim chronique dans le monde est le "cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire" (IPC). Ce système classifie la situation dans un pays ou une région du monde sur cinq niveaux : sécurité alimentaire, insécurité alimentaire, crise alimentaire, urgence humanitaire et enfin famine ou catastrophe humanitaire.
En Somalie, la plupart des analystes s'accordent désormais pour appliquer le niveau 5 à l'ensemble du pays. Les conflits et la sécheresse y ont provoqué la pire famine de la région. "Nous avons prévenu la communauté internationale il y a un an", explique Elysabeth Byrs, porte parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU, "mais c'est maintenant la seconde année de sécheresse consécutive et la situation a vraiment empiré. Il faudra attendre la prochaine saison des pluies en 2012 pour qu'éventuellement, les choses s'améliorent".
La situation est également très préoccupante dans le nord du Kenya. "Mais le niveau de malnutrition aiguë oscille autour de 15 %. Le pays se situe donc plutôt au niveau 4", estime Camilla Knox-Peebles, analyste de l'ONG Oxfam à Nairobi.
En Ethiopie en revanche, la situation est plus difficile à évaluer. "Le pays n'a pas pleinement implémenté l'outil d'évaluation IPC. Il en est encore à la phase 'pilote'", explique un analyste de l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture FAO à Addis-Abeba.

De quel type d’aide la Somalie a-t-elle besoin ?
«La grave crise qui affecte l’ensemble de la Corne de l’Afrique nécessite une aide d’urgence de grande ampleur. Les organisations humanitaires sur le terrain ont avant tout besoin d’argent pour leurs programmes d’assistance, leurs distributions de vivres, les salaires des employés locaux, la location ou l’achat des véhicules, l’affrètement des avions…Les techniques pour lutter contre la faim sont connues, les compétences aussi, manquent les moyens. Actuellement, les organismes de secours puisent dans leurs fonds propres où sollicitent l’argent des États » a indiqué  Philippe Ryfman, spécialiste de l’action humanitaire et du droit international à l’université de la Sorbonne.
.Il ajoute que « s’il veut se montrer solidaire, le grand public ne doit surtout pas donner d’objets ou de nourriture. Il existe déjà un système d’acheminement des vivres coordonné par le Programme alimentaire mondial (PAM). Pour limiter les frais de transport, le PAM s’approvisionne au plus près des lieux de la crise. Envoyer du matériel depuis la France occasionne des coûts de transport. De plus, les aliments donnés par le grand public ne sont pas adaptés aux besoins, notamment lorsque les populations souffrent de malnutrition sévère. »
Il estimera par ailleurs que » pour répondre à la crise, il faut des acteurs humanitaires spécialisés, qui connaissent à la fois les problématiques de la malnutrition en situation d’urgence et le contexte somalien, marqué par la guerre, l’insécurité, et un accès très limité aux populations. Je pense à des agences des Nations unies, tel le Programme alimentaire mondial ou l’Unicef ; des ONG comme Action contre la faim, MSF, ou Solidarités ; des organismes de secours de type Comité international de la Croix-Rouge ou le Croissant-Rouge. Autant d’intervenants déjà implantés en Somalie. »
Pour Philippe Ryfman, « les États ont également un rôle essentiel à jouer en soutenant financièrement les organisations humanitaires et les pays d’accueil des réfugiés somaliens. À l’inverse, l’action diplomatique est limitée du fait de l’absence d’un État en Somalie. Parler de solutions à long terme dans ce pays ravagé par la guerre, de programmes d’irrigation ou de développement agricole me paraît hors sujet. Tant que la situation ne s’est pas normalisée, l’aide structurelle ne sert à rien. »

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