LA TURQUI PAYS DU KURD

LE 12.11.2011

 

 

LA TURQUI PAYS DU KURD- PDK

Principales organisations politiques kurdes

TURQUIE

  • Parti socialiste du Kurdistan de Turquie : (TSKP)
  • Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), il est le seul parti qui utilise la lutte armée à côté de l'agitation politique.
  • Unité de libération du Kurdistan (HRK), c'est la branche armée du PKK fondé en 1984. Il entend s'attaquer au colonialisme fasciste c'est-à-dire à la fois au pouvoir turc et aux féodaux turcs.
  • Unité de la gauche de Turquie et du Kurdistan ; il a l'objectif de renverser le régime et de démocratiser le pays.

Il y a une dizaine de partis kurdes ; tous ont pour objectif l'indépendance du Kurdistan.

SYRIE

5 partis au total : le plus important est le Parti Kurde de Gauche ; il revendique les droits civiques et culturels.

IRAK

  • Parti démocratique du Kurdistan d'Irak (PDK-Irak) : fondé en 1946 par Mustapha Barzani, dirigé depuis 1976 par Massoud Barzani. Il se bat pour l'autonomie.
  • Union patriotique du Kurdistan : créé en 1975 par des opposants de Barzani il est dirigé par Jalal Talabani.
  • Union révolutionnaire du Kurdistan ; tendance communiste.
  • Le Parti communiste irakien hostile à Saddam Hussein a essayé de créer un front commun de l'opposition ; seule l'UPK a refusé d'y participer. Depuis 1986, plusieurs fractions kurdes de ce front ont signé un accord avec le PDK et l'UPK ; le PDK de Barzani refuse tout rapprochement. Le PDK et UPK restent obstinément des frères ennemis.
  • Le parti Hezbollah Kurde : c'est une scission du PDK, fondé en 1985 par Cheikh Mohamed Khaled, cousin de Mustapha Barzani ; il a rejoint à Téhéran le conseil de la révolution islamique, opposition religieuse à Bagdad.

IRAN

 

 


  • Parti démocratique d'Iran (PDKI) : fondé en 1945, dirigé depuis 1971 par Abdul Rahman Ghassemlou, il réclame l'autonomie.
  • Le Komola : créé en 1969 par des jeunes d'extrême gauche, il est à l'origine de la création en 1983 du Parti communiste d'Iran en opposition au Parti communiste Toudeh ; de tendance maoiste, le Komola est dirigé par Ibrahim Alisadeh ; il réclame la création d'une société communiste en Iran.
  • Xebat (lutte), groupe armé partisan d'un Kurdistan autonome et laïque dirigé par Cheik Jalal qui est le frère de Cheik Ezzedine Hosseini, prestigieux religieux sunnite très proche du Komala.

La situation est beaucoup plus mauvaise en Turquie ; les élections en 1983 n'ont rien changé ; la loi martiale est toujours appliquée dans 17 des 20 provinces kurdes. Les Kurdes, soupçonnés de séparatisme sont après maints sévices regroupés à la prison de Diyarbakir en fait vaste camp de concentration qui regroupe 5 000 détenus ; entre septembre 1983 et mars 1984, une cinquantaine de détenus y sont morts de faim. L'occupation massive de l'armée peut faire craindre dans le cas d'une révolte une intervention définitive.
Déclaration de Turan Gunès, représentant turc à Strasbourg en 1981 à un journaliste : "Si l'Allemagne fédérale, la France et l'Angleterre fermaient l'&brkbar;il, ce ne serait pas un problème pour nous d'exterminer des millions de Kurdes".
DLes organisations kurdes clandestines en Turquie sont environ une dizaine, toutes de tendances marxistes et aspirant à l'indépendance. La Turquie est un avant-poste de l'OTAN en Méditerranée, elle dispose de l'armée la plus structurée et la mieux équipée de la région ; la Turquie durcit ses positions ; les accrochages se sont multipliés entre le PKK et l'armée turque de chaque côté de la frontière irako-turque. Le 5 mars 1987, l'armée turque soutenue par son aviation, est entrée fort avant dans le territoire irakien. Cette action reste légale puisque couverte par un accord d'octobre 1984 qui accorde le "droit de poursuite des territoires au-delà des frontières", cet accord existe entre Turquie et Irak et entre Turquie et Iran. Aucun accord par contre n'existe avec la Syrie ; entre les deux pays, les tensions sont vives, la Syrie n'a jamais admis le rattachement en 1939 d'Alexandrette (Iskanderoun) à la Turquie. Actuellement, les aménagements du Haut Euphrate avec la construction d'énormes barrages inquiètent le gouverment syrien car ces réalisations pourraient affecter ses ressources en eaux et rendre le pays dépendant de la Turquie. De son côté, la Turquie accepte mal la présence des Kurdes et leur entrainement en Syrie, la Syrie qui devient une base de repli efficace pour les combattants kurdes. Les Turcs ont sérieusement menacé d'intervenir en Syrie. Quelle serait alors l'attitude d'Hafez el Assad ? Comment ferait-il pour maintenir son engagement au Liban et couvrir ses 877 km de frontières avec la Turquie ? Pour lutter contre les Kurdes, la Turquie rentrera-t-elle de plein pied dans la guerre du Proche-Orient ?
DLe Parlement Européen a déjà adopté plusieurs résolutions de condamnation de la Turquie. La dernière date du 18 avril 1985 et condamne la "Campagne de génocide systématique dans les territoires de minorité kurde".
DAu moment ou la Turquie cherche à entrer dans la CEE, il ne faut pas oublier l'histoire ; souvenons-nous des Grecs, des Arméniens, des Kurdes... En Turquie les pouvoirs changent mais l'écrasement des minorités qui a jalonné l'histoire de la Turquie moderne est toujours à l'ordre du jour.

Les Kurdes dans la CEE

600 000 Kurdes de la CEE ont un passeport turc. Certains sont étudiants et se regroupent en "Association d'étudiants du Kurdistan à l'étranger" qui a des sections dans les différents pays ; mais la plus grosse partie est constituée par des travailleurs immigrés, la plupart ne parlent que le kurde, ce qui accentue leur isolement. On en compte 400 000 en Allemagne et 40 000 dans l'État français auxquels s'ajoutent 2 150 réfugiés politiques. Ils sont très surveillés par des associations d'extrême droite tels les "Loups gris", les services de l'ambassade turque ou par l'intermédiaire des écoles d'alphabétisation (faite en turc) ; toutefois le PKK et le PSKT ont parmi eux une certaine influence.
Depuis quelques mois, les tracasseries administratives et policières, des refus de visas ont contraint certaines organisations à fermer leurs sièges telle "la Fédération des travailleurs et patriotes kurdes". Les associations culturelles ne sont pas épargnées ainsi depuis 1983, fonctionne à Paris un "Institut de la culture kurde" ; ses réalisations étaient nombreuses et de qualité. Il recevait des subventions des autorités françaises pour aider à son fonctionnement. Depuis 1986, ces subventions ont été supprimées.
Rappelons que M. Özal, premier ministre turc a rencontré M. Chirac en avril 1986.

L'avenir

La guerre du Liban occupe la Syrie, la guerre Iran-Irak occupe les gouvernements de ces deux pays. Les Kurdes, s'ils subissent la guerre qui fait rage l'utilisent aussi ; elle leur a permis de s'organiser, de se structurer, de dépasser leurs différences. Les récents accords entre le PDKI d'Iran, le Komola, le Xeba, l'UPK d'Irak et les communistes en sont la preuve ; seul dissident, le PDK de Massoud Barzani inquiète mais la porte lui reste ouverte ; M. Talabani déclarait récemment : "Nous sommes prêts à renouer avec eux à condition que leurs peshmergas rentrent au Kurdistan et respectent l'indépendance du mouvement kurde".
La résistance dans son ensemble pense que seul un changement de régime dans un sens démocratique dans les différents pays permettrait de faire avancer leur revendication d'autonomie. Certains ne sont pas sans espérer que, l'issue incertaine des guerres, l'attitude belliqueuse de la Turquie, pourrait faire voler en éclat les diverses frontières. Les Kurdes alors, ne se laisseront pas léser. Un rêve... ?
En attendant, ils gèrent les régions qu'ils ont libérées et, grâce à leur récente union, espèrent bien les agrandir.

 

 

Le Kurdistan historique ou la zone de peuplement kurde s’étend sur environ 520 000 Km² mais reste dispersé entre principalement quatre pays voisins : la Turquie au Nord, la Syrie à l’Ouest, l’Irak au Sud et l’Iran à l’Est. La population kurde y est estimée à plus de 35 millions d’habitants. Une partie de cette population a quitté la région suite à une instabilité et à un sous-développement chroniques, et suite aux longues guerres qui durent depuis des décennies. Mais ces zones périphériques et négligées par les pouvoirs centraux, et sans grand intérêt pour la communauté internationale, commencent à prendre de l’importance, notamment depuis le départ de centaines de milliers de Kurdes vers l’Europe, et la modernisation des moyens d’informations. La guerre du Golfe, en 1991, et l’intervention militaire américaine qui s’est terminée par une occupation de l’Irak en 2003 ont sensiblement changé la donne régionale.  

2Le Kurdistan d’Irak indépendant de facto de Bagdad depuis 1991, de son côté, joue un rôle important et s’est imposé comme l’allié indispensable des Etats-Unis en Irak et dans la région. Le gouvernement du Kurdistan participe activement à la reconstruction des institutions politiques irakiennes et il est devenu la clé de voûte du nouveau système politique irakien : les Kurdes sont les arbitres entre les différents protagonistes irakiens notamment chiites et sunnites mais aussi entre ces deux derniers et les Américains.

Turquie 10 000 000 (24 %)
Iran 6 000 000 (16 %)
Irak 3 000 000 (27 %)
Syrie 800 000 (9 %)
URSS 350 000 (0,2 %)
Total 20 950 000

 

3Le Gouvernement Régional du Kurdistan, reconnu désormais officiellement depuis 2003, profite du chaos sécuritaire et politique en Irak pour se renforcer. Les institutions politiques du Kurdistan sont placées sous l’égide d’un président, Massoud Barzani. Celui-ci a été élu suite à la nomination de son ancien rival kurde Jalal Talabani à la présidence de l’Irak. Leurs deux partis, le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) et le L’Union Patriotique du Kurdistan (UPK), ont des structures administratives unifiées, parlent désormais d’une seule voix et forment une alliance électorale à Bagdad et à Erbil. Ces deux partis kurdes décrochent la reconnaissance du statut semi indépendant du Kurdistan en adoptant une constitution qui encadre cette réalité dans un système fédéral sur mesure qui accorde, selon les Arabes, trop de droits aux Kurdes. En outre le Kurdistan tente de disposer d’une forte présence à Bagdad en contrôlant des postes-clé comme certains postes ministériels, militaires (comme l’Etat major des armés et ceux des services secrets et dans l’administration). Finalement le Kurdistan commence à se développer, déjà se dessine une avance importante dans les domaines de l’enseignement, de la construction et des services par rapport au reste de l’Irak.

4Il reste l’épineux dossier des Zones arabisées, c’est-à-dire les 41 000 Km² à la lisière du Kurdistan officiel de 42000Km². Ce sont, entre autres, les villes de Sindjar, Kirkuk et Khanaqin riche en pétrole, où les Kurdes, malgré le nettoyage ethnique opéré par le régime de Saddam Hussein, constituent toujours la majorité des habitants. Il fallait, selon la constitution irakienne, qu’un référendum eût lieu avant la fin 2007. Mais sur proposition de l’Onu un nouveau délai de six mois a été accepté par l’Assemblée Nationale du Kurdistan. Si ce dossier est mené à son terme, la question kurde  pourrait en être considérée comme résolue en Irak. Mais il reste toujours la possibilité sérieuse d’une rechute, d’un regain de tension. Si le règlement de la question kurde en Irak est considéré comme définitif, quelles en seraient les conséquences sur la situation dans les trois autres pays ?

5La Syrie, où quelques deux millions de kurdes vivent, est toujours gouvernée par un régime baasiste (Parti de la Résurrection Nationale Socialiste) et autoritaire. Sous la justification de la lutte contre Israël, la minorité Alawite, dirige depuis plus de quatre décennies le pays d’une main de fer et les Kurdes y sont, en partie, considérés comme des apatrides et ne jouissent d’aucun droit culturel ou politique. Les régions kurdes restent dans une situation de sous-développement par rapport au reste du pays, les partis politiques kurdes sont interdits et mènent des actions pacifiques clandestines.

6En Iran, les Kurdes subissent une discrimination religieuse car ils n’appartiennent pas à la majorité chiite, le chiisme étant religion d’Etat, dont l’appartenance est nécessaire pour accéder aux hauts postes politiques et même administratifs. Mais d’un autre côté, le statut de l’Iran, héritier des empires orientaux multi ethnique et multi religieux, donne une certaine facilité aux kurdes pour affirmer leur différence culturelle et profiter du fait d’être proches linguistiquement et culturellement des perses, peuple culturellement dominant en Iran. D’un autre côté, la répression de le République Islamique n’a pas atteint le niveau d’extrême violence atteint en Irak et en Turquie, c’est-à-dire les déportations massives de million de Kurdes et la destruction de plus de 4 000 villages dans chacun de ces deux dernier pays et un génocide en Irak. La répression iranienne était plus classique : des exécutions et des arrestations ciblées, même si le déploiement des militaires omniprésents est comparable à celui que l’on observe en zone kurde de Turquie. Mais la guerre que les deux partis traditionnels, le PDK d’Iran et le Komala, avaient cessé en 1995, vient d’être repris par le PKK contre Téhéran qui ne soutient plus le PKK (Partis des Travailleur du Kurdistan – Turquie) qui a à son tour commencé une lutte armée contre l’Iran sous la nomination de Pejak depuis 2004.   

7Par contre, en Turquie qui contrôle la plus grande partie du Kurdistan historique et où habite le plus grand nombre de Kurdes, (environs 17 millions de personnes), la situation est différente. Ce n’est plus l’empire ottoman ou les milliyet (peuples) étaient reconnus ; de gré ou de force, la république de Mustapha Kemal de 1924 doit assimiler les différentes ethnies et les intégrer dans un Etat nation centralisateur dont l’armée est garante du mythe de la Turquie européenne et laïque. Ainsi la spécificité même des Kurdes est niée, et un sous-développement économique flagrant sépare les zones kurdes du reste de la Turquie. Le PKK est la principale formation politico-militaire kurde d’extrême gauche qui mène depuis 1984 une guerre contre Ankara qui a réussi à convaincre l’Europe et les Etats-Unis de considérer ce parti comme une organisation terroriste. Cette définition aide la Turquie à éviter des pressions fortes pour résoudre le problème kurde qui existe depuis la création de la république turque. Les Quelques 5 000 guérilleros du PKK, dispersés entre la Turquie, l’Irak et l’Iran, continuent à mener la guerre contre l’armée turque qui tente justifier son échec d’exterminer les membres du PKK en accusant le Kurdistan irakien de les abriter. La Turquie est intervenue (février 2008) militairement en Irak du nord pour y déloger les combattants du PKK, mais il semble que ceci est destiné à satisfaire l’opinion public nationaliste en Turquie, car même une occupation complète du Kurdistan irakien ne fera qu’exacerber le problème kurde qui existe sous sa forme violente depuis 1923. Une invasion durable, par l’armée turque, du nord de l’Irak impliquerait une forte déstabilisation de toute la région.

8Le Kurdistan partagé n’est libéré en partie qu’en Irak pour reprendre la terminologie officielle kurde. Ce rôle de leader pris par le Kurdistan irakien, peut-il aider à la création d’un grand Kurdistan qui engloberait des parties de quatre pays ? Un tel scénario semble loin de se réaliser, non pas parce que les kurdes irakiens sont devenus riches (budget gouvernemental estimé à plus de 8 milliards de dollars pour environ quatre millions d’habitants) et ne voudraient peut-être pas partager leur richesse avec des millions d’autres Kurdes, mais parce que le Kurdistan montagneux est un territoire enclavé sans accès à la mer. En suite défaire les frontières de quatre pays puissants militairement et soutenus par les différentes puissances étrangères semble difficile, sauf au cas où l’hyper puissance, que sont les Etats-Unis, décident de créer ce pays et de bouleverser les équilibres actuels dans le Moyen-Orient. Un tel Etat kurde serait forcément pro-américain ou pro-occidental car un tel scénario affaiblirait tous les pays de la zone, y compris les alliés de l’Occident. Le Kurdistan, avec sa position stratégique entre les trois continents du vieux monde, ses richesses naturelles, notamment le pétrole, et sa position de château d’eau du Moyen Orient (qui pourra éventuellement fournir les Arabes et les Israéliens en eau) pourrait combattre le terrorisme et les divers trafics, cela profiterait davantage aux grandes puissances que des pays instables et fermés comme c’est le cas actuellement. Mais une modification de la carte de la région semble extrêmement difficile pour le moment et nécessiterait une guerre, hypothèse non envisageable à court terme.  

9En attendant le Kurdistan irakien continue d’influencer les kurdes dans les pays voisins par le désormais puissant appareil médiatique du Kurdistan, le commerce (qui a atteint plus de 7 milliards de dollars avec les pays voisins) et la coopération à développer les zones kurdes en Turquie et en Iran. Les étudiants et les ouvriers kurdes se rendant au Kurdistan irakien, d’une part, et le soutien politique de l’Irak aident à transformer la situation des Kurdes dans les pays limitrophes. Il semble aujourd'hui que l’ensemble des forces politiques kurdes soient d’accord sur le fait suivant : il faut régler le problème kurde dans le cadre des Etats existants, à condition d’obtenir une autonomie politique dans le cadre des frontières actuelles. Mais cela n’est possible qu’avec une démocratisation et une stabilisation politiques et économiques des quatre pays concernés.